LA FOIRE DE SAINT EMILE A BEL AIR
SALON DE PROVENCE
Jean Soldat est là.
C’est un rituel ; à 90 ans, il se tient fier devant les « clèdes » ( barrières) qui retiennent les agneaux et les brebis parqués sur la belle place ombragée de Bel Air devant la petite chapelle du hameau de Salon.
Je l’écoute :
« la foire de Bel Air, ce sont les retrouvailles des bergers, c’est une belle journée même s’il n’y a plus l’ambiance d’autrefois.
Il y a quelques dizaines d’années, nous nous retrouvions tous, là, sous les platanes et puis à midi nous mangions ensemble ; on portait la biasse (la besace) et on cassait la croûte à l’ombre.
Parfois des patrons de Mas ou des Bayles nous invitaient chez eux ; c’était presque un jour de fête.Les familles de bergers italiens nous faisaient les raviolis ou la polenta. On se retrouvait ici jusqu’à 2 ou 3 heures et après tout le monde repartait avec les bêtes. »
Jean Soldat continue :
« quand j’étais jeune, je me souviens des jeunes bergers italiens…des Piémontais surtout. Ils s’installaient devant les bêtes avec leur biasse, leur fouet et leur cape à la main et le béret ou la casquette sur la tête ; c’étaient des demandeurs d’emploi. Déjà. Mais ils étaient vite embauchés tant leur réputation de bons et fidèles bergers était grande.
Je les vois encore. Les patrons bergers les accostaient avec un : tu es italien, toi ? Si la réponse était OUI, ils étaient embauchés sur le champ »
Jean Soldat. Le pastre des solitudes de la Crau. Lorsque la nuit enveloppait la plaine et ses cailloux, dans le silence de son cabanon, Jean prenait son harmonica et les mélodies éternelles résonnaient jusqu’aux étangs. Parfois des bergers voisins prêtaient leurs voix fortes autour d’un verre de vin. »
Depuis longtemps BEL AIR n’avait pas connu une aussi belle foire. De nombreux bancs touchant au métier du pastoralisme étaient disposés sous les rangées de platanes.
Sonnailles faites à la main, capes en drap -cuir pure laine, couteaux, fouets, colliers, étaient à la vente.
Une foule nombreuse s’est déplacée pour venir voir une dernière fois les troupeaux avant le grand départ de la transhumance vers les Alpages.
BEL AIR, redevenu une grande place du Pastoralisme . Voilà une bonne nouvelle.